Hystrix

« En moyenne, le nombre de femmes âgées de 18 à 75 ans qui au cours d’une année sont victimes de viols et de tentatives de viol est estimé à 84 000 femmes
Dans 91% des cas, ces agressions ont été perpétrées par une personne connue de la victime. Dans 45 % des cas, c’est le conjoint ou l’ex-conjoint qui est l’auteur des faits. »

Et si on en parlait?

previous arrow
next arrow
ArrowArrow
Slider

Credit photo: Juliette Berny

HYSTRIX

La perversion de la pensée de l’homme a-t-elle toujours été programmée au plus profond de la structure cognitive de sa langue-mère ? Ou est-ce la confusion des langages par l’Eternel à Babel qui le priva alors d’une partie de sa conscience réfléchie ? Car il est un inexplicable chaos de toute éternité, cataclysme psychique, quantifiable mais inqualifiable, qu’il est donné à de trop nombreuses femmes de connaitre.

Menacées, insultées, blessées, elles sont victimes de terrorisme intime. Agressées, humiliées, mutilées, elles deviennent l’objet d’un homme, l’objet d’une heure, d’un jour, d’un mois, d’une année, l’objet d’un hold-up invasif indélébile. Détruites, aliénées et privées, elles subissent un attentat corporel dont la grenade émotionnelle explose en plein cœur, y déposant des débris inaltérables et permanents, effaçant tout de leur candeur.

Entre deux haut-le-cœur, elles se retrouvent nageant dans un océan de larmes, se prenant de plein fouet une houle honteuse accompagnée d’embruns de haine. La bruine bâtarde fait couler un sel de rage et d’amertume le long de leur visage, les consumant à petit feu, leur brûlant les yeux et leur rongeant la peau.

Ces terroristes ravagent tout sur le passage, aspirant jusqu’à la moindre miette d’humanité. Voleurs d’âmes en rafale, ils balayent jusqu’au sourire de ces femmes, les laissant pour mortes, soufflant leur joie et leur fierté, n’en laissant qu’un désert affectif… Un regard vide…

Vient alors le néant… Un trou dans l’espace-temps… Un cri sans bande-son… Une présence spectrale… Des flashs en noir et blanc… Et une chute vertigineuse… En se relevant, un reflet terne dans le miroir brisé… Est-ce leur propre image ? Etait-ce un cauchemar ? Soudain, un écho… Un bruit se précise. Une forme. Une main qui se tend. Non… Si ? Est-ce un mirage ? Elle est si floue qu’on pourrait facilement la manquer. Apparition fanto-somatique, pourvu qu’elle les sorte de cette funeste tempête.

Les séquelles sont lourdes, la pensée brisée, mais elles ne sont plus seules. Une partie d’elles est restée enchevêtrée dans les tréfonds de ce maelstrom sadique, mais elles ont envie de renaitre, de se reconstruire. Amarrées au port du nouveau départ, le conflit interne qui les anime aura choisi la vendetta psychologique, qui prendra la forme d’une carapace, d’une armure. « Tu as voulu me briser ? C’est pourtant moi qui gagne, regarde, je suis toujours là. »

Le phénix mental les rendra plus fortes qu’elles ne l’imaginent. Un instinct primaire et animal refera surface. Toutes griffes dehors, elles seront plus vives et alertes que jamais. Prêtes à sortir les crocs, de petits picots longiformes commenceront à pousser le long de leur dos, tel autant de herses dressées, rempart fortifié de l’intime. Humanoïdes zoomorphes, leur bouclier à pointe sera leur meilleur atout. Blindage prophylactique aux aiguillons acérés, mieux vaut-il ne pas s’en approcher. A moins que l’Hystrix ne vous ait autorisé à pénétrer son refuge ?

 

                                                                                                                       Macha Poirier, 2017

English text