Spem

Même quand la blessure guérit, la cicatrice demeure. – Publius Syrus

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Credit photo: Juliette Berny

SPEM (« espoir »)

 

« Il a reçu l’annonce en pleine face, comme un boomerang à pleine vitesse. Un vrai choc. Il est sidéré, presque apathique. Le cancer l’aurait eu, se serait insinué lentement en lui, s’installant confortablement dans un nid douillet organique, bien au chaud, tricotant son réseau malin chaotique. Pourtant, à cet instant précis, il se sent comme une bulle de savon en apesanteur. Un mécanisme de défense a fait le vide émotionnel en lui, créant un espace-temps nu et lisse. Il regarde autour de lui, ne réalisant pas la situation. Les images sont floues, les sons dénués de sens, les odeurs sans intérêts… Pas d’écho, rien, juste le vide.

Puis vient le déni. Il commence à réaliser. « Mais ce n’est pas possible ! ». Ce n’est qu’un mauvais rêve, un cauchemar de mauvais gout qu’il refuse d’accepter pour vrai. Il conteste, cherche à vérifier l’information, se réfugiant derrière ce qu’il peut, un faux semblant, un faux sourire, un masque. Il n’a perdu ni de sa force vitale, ni de sa puissance ou son ardeur. Tout ça n’est qu’une mascarade.

Après la négation, la colère fait surface. Il se révolte, ses pulsions violentes quasi destructrices sont l’expression de son sentiment d’injustice. Il réalise que cette explosion n’est que le reflet de l’impossibilité de retour. « NON ! Laissez-la-moi, ma santé… ». Entité divine ou moi intérieur symbolisé, il marchande avec le vent, l’air, l’eau, la pluie. Ça y est. Il a réalisé. L’immortalité n’était qu’un fantasme illusoire.

La tristesse gagne du terrain sur le vide et la colère. Il se répète « L’avantage quand il pleut, c’est qu’on peut bien pleurer, on y voit que du feu, c’est que de l’eau salée… ». Il a mal. Très mal. « J’ai mal à mon cœur, tu sais ». Il ne se reconnait plus. Il cherche une issue, se questionne, tout en désespérance. Il pense enfer, il pense froid, il pense mort. La sienne.

C’est trop dur. Il baisse les bras. Il se résigne et se camoufle derrière son loup funeste qu’il avait gardé juste au cas où. Il revêt une peau qui n’est pas sienne, cherchant à abandonner un corps qui n’est plus vraiment sien. Il est fragile, faible, à la merci de tous.

Heureusement, il n’est pas seul, et le temps passe. S’il a permis au compagnon tumoral de trouver asile en lui, il lui permettra d’y faire face et de le battre. Alors il finit par accepter. Il n’est pas fataliste, mais « la vie est injuste » lui a-t-on dit, et c’est comme ça. La nuit, il rêve d’or et de trésors, symbole de précieuses énergies psychiques cachées au plus profond de lui. C’est la force vitale de l’espoir, le Spem.

Alors il y croit de nouveau, chérissant à chaque seconde ce précieux filet doré d’espérance qui grandit un peu plus chaque jour. Il cherche à se reconstruire. Il accepte son nouveau lui, sans masque ni travestissement. Ses cicatrices visibles ou invisibles témoignent de ce qu’il est aujourd’hui, de ce qu’il a dû endurer. Et elles sont belles. Elles sont la preuve de sa volonté, de son courage, de sa force. Elles sont les traces de son Spem… Il devrait être fier de lui. Il a gagné. Ils ont gagné. »

 

Macha POIRIER, 2017

 

SPEM (« Hope »)

He received the announcement like a high speed boomerang in the face. A real shock. He is astonished, almost apathetic. The cancer would finally have gotten him, slowly insinuating into him, getting comfortable in a cosy organic nest, nicely warm, knitting his chaotic and malignant web. Thus, at this very moment, he feels like a bubble floating in the air. A cope mechanism left him with a lack of emotions, creating an empty and plain space-time inside him. He looks around, unable of acknowledging the situation. Images are blurry, sounds don’t have any rhythm, and smells have no flavour. No echo, nothing, just complete void.

Then come denial. He starts to realize. “It can’t be possible »! It has to be just a bad dream, an unpleasant nightmare that he can’t accept for real. He tries to protest, to verify the information, hiding behind a disguise, an imitation of a smile, a mask. He did not lose any vital force, power, or ardour. It has to be a masquerade.

After negation, anger appears. He is revolted, his impulses of violence almost leading to destruction are the expression of his feeling of injustice. He realises that this explosion is just the reflection that there is no coming back.  “NO! You can’t take my health away from me… “Divine entity or symbolized ego, he trades with the wind, the water, the rain. This is it. He realised. Immortality was just an imaginary fantasy.

Sadness is overwhelming. He repeats to himself: “The good thing about the rain, is that you can cry it out and nobody can see, it’s just salted water…” He’s hurt. Violently hurt. « My heart is an open wound ». He doesn’t seem to recognize himself anymore. He is looking for a way out, asking questions, hopelessly. He thinks about hell, he feels cold, he thinks about death. His death.

It is too hard. He lets go. He is resigned and collapses behind his tragic mask, which he kept just in case. He wears another person’s skin, trying to leave from a body which is not his anymore. He is fragile, vulnerable, and weak.

Thankfully, he is not alone, and times passes. He let the malignant companion find asylum in his body, but now he will face it and beat it. He finally accepts. He is not fatalist, but has been told that « life is unfair », and that is the way it is. At night, he dreams about finding treasures, symbols of precious psychic energies, which are hidden deep down in him. It is hope’s vital strength, the Spem.

Then, he believes again, cherishing at every second this precious golden string of hope, which is growing up every day. He tries to rebuilt. He accepts his new him, without a mask or a disguise. His visible or unvisible scars are the proof of who he his today, of what he has been through. And they are beautiful. They are the proof of his willpower, his courage, his strength. They are marks of his Spem… He should be proud of himself. He won. They won.

Macha POIRIER, 2017